« Le Chant du pied, voyage en Kathakalie », souvenirs indiens

Elles sont trois, Nathalie Le Boucher, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian qui évoquent, par la danse, le jeu, les mots, leurs apprentissages d’autrefois. Elles sont irrésistibles comme le titre de leur spectacle !

Découvrir ces jours-ci le spectacle imaginé par celles qui se font appeler « les Kathakali girls » est une expérience accordée aux humeurs caniculaires…Dans la salle de répétition du Théâtre du Soleil, à la Cartoucherie, on vous distribue d’autorité de ravissants éventails d’osier et ils ne sont pas inutiles…

Un grand mur jaune d’or, au fond, un beau bouquet multicolore, juste devant cette paroi ensoleillée, un sol sombre, comme un grand tapis de danse, trois chaises…Les voici qui surgissent. Habillées comme si elles étaient en voyage : par exemple, Catherine Schaub Abkarian porte un très élégant ciré noir ! Elles ne doivent pas avoir froid, ainsi équipées.

Elles affrontent crânement cette première apparence pour donner leur première leçon. On se fait tout petit ! Faut-il vraiment commencer par bouger les yeux, bouger les mains, les bras ? Est-ce que l’on est tombé dans un spectacle interactif ?

Non ! C’est juste une entrée en matière malicieuse qui rappelle d’ailleurs à ceux qui l’auraient oublié –ou l’ignoreraient- quels sont les gestes qui frappent lorsque l’on assiste à un spectacle de Kathakali…Très vite les trois belles, pieds nus, pantalons et tuniques, chacune son style, cheveux tirés en arrière, visage nu, sans maquillage, se font danseuses, conteuses, comédiennes.

Sous le regard sensible de Simon Abkarian, enveloppées des lumières tout en nuances du maître Jean-Michel Bauer, avec le son, très précis, de Laurent Clauwaert, Nathalie Le Boucher, Annie Rumani, Catherine Schaub Abkarian, nous enchantent, une heure trente durant.

Elles n’ont pas tout à fait le même âge, pas tout à fait le même chemin. Mais chacune, à sa manière, a désiré apprendre cet art fascinant qu’est celui du Kathakali. Un art qui se déploie notamment au Kerala, au sud de l’Inde et qui n’est servi que par des hommes.

Nathalie Le Boucher a profité, à la fin des années 80, de la filière théâtre, dans son lycée de Tarbes et après plusieurs expériences enrichissantes, dès 1992, elle part pour l’Inde. Elle va demeurer là-bas huit ans, sous l’autorité d’un maître, FACT Mohan. Nathalie Le Boucher s’est également formée aux rôles féminins de la danse Mohiniattam, qu’elle apprend au Kerala. De retour en France, elle rencontre Bruno de la Salle, maître conteur et va désormais suivre un chemin particulier qui mêle danse indienne et art du récit.

A peu de choses près le chemin qu’ont suivi, chacune à sa manière, et Annie Rumani, et Catherine Schaub Abkarian. Toutes les deux ont d’ailleurs travaillé auprès du même maître, K. Gopalakrishna au sein de l’école traditionnelle du Kalamandalam. La première, formée à la danse contemporaine, part en 86 pour l’Inde. Elle y fera plusieurs séjours jusqu’en 1997. A Dehli, elle approfondit ses savoirs auprès du maître Sadanam Balakrishnan.  Elle est admise dans sa troupe. Depuis 1993, elle aussi s’est faite conteuse.

Au Soleil, les spectateurs connaissent très bien Catherine Schaub Abkarian, découverte dans la troupe dès La Vie terrible et inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, puis dans l’Indiade, des œuvres d’Hélène Cixous. Elle est également l’inoubliable coryphée de L’Orestie. Catherine Schaub Abkarian avait appris la danse, rencontré Peter Schumann et le Bread and Puppet Theater. Elle a travaillé avec eux, aux Etats-Unis et en Europe avant de passer du côté du Kathakali, en France comme en Inde, en plusieurs séjours, déployés sur cinq années, apprendre au sein de l’école du Kalamandalam. Elle a élargi son champ notamment avec Simon McBurney, Akram Khan et en étant au cœur de toutes les créations de Simon Abkarian qui vient d’ailleurs de recevoir le prix du syndicat de la critique pour ses textes, Le Dernier jour du jeûne et L’Envol des cigognes. Ils préparent une Electre pour laquelle Catherine Schaub Abkarian, qui signe ses propres mises en scène, est requise en recherches pour représenter le chœur. A voir à la rentrée prochaine.

On dit que le Kathakali vient d’un traité archaïque d’art dramatique, un traité qui date de 500 ans avant notre ère, et s’intitule Natya Shastra.

Ce qui est très séduisant dans ce spectacle, c’est qu’il est délié et malicieux. Car évidemment, il a fallu à ses trois jeunes femmes, un sacré tempérament pour se plier à cet apprentissage exigeant et aux us et coutumes de l’Inde. D’autant plus qu’elles apprenaient un art réservé aux hommes. Elles sont très drôles. Les récits sont souvent cocasses car elles doivent répondre à des situations complexes sinon embarrassantes…Mais quelle joie, quelle heureuse manière de nous raconter leurs histoires… Quelle discipline et quelle liberté !

On s’amuse. On rit de bon cœur. On apprend. On réfléchit. On admire. On est conquis ! N’oubliez pas cela s’intitule Le Chant du pied… Trois voix, six pieds aussi expressifs que les regards codés du Kathakali.

Théâtre du Soleil, salle de répétition, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris.
Du jeudi au samedi à 20h00, dimanche à 16h00. Durée : 1h30. Tél : 01 43 74 24 08 ou 07 67 53 88 05. Jusqu’au 7 juillet.

Visuels © Jean-Pierre Méchin

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