Avignon, les abeilles et le loup

Comment représenter les animaux ? De Céline Schaeffer à Claire Dancoisne, des solutions originales et séduisantes.

Elles ont, l’une et l’autre, une imagination qui passe par la représentation picturale, l’objet, les arts plastiques.

Céline Schaeffer revendique d’avoir pénétré dans le monde du théâtre par la peinture. On l’a connue assistante de Claude Buchvald qui plongeait dans l’univers de Valère Novarina. Ce dernier n’a pas voulu laisser passer cet esprit aigu et depuis près de vingt ans, Céline Schaeffer travaille auprès de l’écrivain, poète et plasticien qui aime diriger les comédiens et signer les scénographies et mises en scène de ses spectacles.

Claire Dancoisne, elle, est une artiste très affirmée, depuis longtemps. Une femme qui possède une imagination audacieuse et la traduit en objets, images, direction de jeu très puissants.

Pour les abeilles, Céline Schaeffer s’est émancipée. La République des abeilles est un spectacle pensé pour les enfants, à partir de sept ans, est-il précisé. Mais aucun adulte ne saurait demeurer indifférent à cette proposition inspirée de La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck.

Une petite heure pour plonger dans un univers évoqué très librement mais qui se termine sur la science mortifère des produits chimiques, longue liste qui défile à la fin, projetée au fond du plateau, requiem sinistre.

Car c’est évidemment les dangers de mort qui menacent les ruches qui sous-tendent cette évocation portée par la voix au timbre si particulier d’Agnès Sourdillon, qui est la narratrice « off » tandis que sur le plateau deux comédiennes et danseuses et un autre narrateur, incarnent le propos : Polina Pnassenko, Marion Le Guével, Etienne Galharague.

Le son, la musique signée Peter Chase et les images conçues par Elie Barthès, tiennent une place prépondérante dans la représentation tout comme les costumes et accessoires de Lola Sergent : c’est une création dans laquelle le collectif est essentiel qui se déploie, avec intelligence et délicatesse sur le plateau de la chapelle des Pénitents blancs.

Claire Dancoisne, elle, en cet été, a signé la scénographie et les objets du spectacle de Michel Raskine présenté dans le « in ». Une Blanche Neige très particulière d’après un texte de Marie Dilasser, dans un environnement scénographique, et des objets, des images qui donnent une force vive au spectacle. On reverra cette  Blanche Neige, histoire d’un prince, avec Marief Guittier, Alexandre Bazan, Tibor Okenfels, en tournée et on en reparlera plus longuement.

Mais Claire Dancoisne, qui est installée depuis quelques saisons à Dunkerque, avec sa compagnie, le théâtre la Licorne, dans un lieu à sa démesure joyeuse, présente aussi, « off », une de ses propres créations. Comme son titre ne l’indique pas La Green Box est une fable animalière qui s’inspire de L’Homme qui rit de Victor Hugo.

Dans la salle de Présence Pasteur, un loup un peu fatigué et en colère, surgit, avec pour tout bagage un sac d’ossements…Méconnaissable sous son costume, Olivier Brabant (en alternance Léo Smith), est un loup qui ne dévoilera son visage d’homme qu’à la toute fin, aux saluts. Ici, on recommande que les enfants aient au moins dix ans.

Non que le spectacle fasse trop peur, mais ce loup porte donc L’Homme qui rit de Victor Hugo et il faut saisir la situation.

Les ossements viennent en appui d’une sorte de conférence du loup à propos du rire de l’homme et de ses significations plus ou moins nobles. On suit ses raisonnements avec bonne humeur. L’interprétation est sensible. Rien de caricatural, mais une manière affirmée de donner une place au monde animal.

C’est un moment qui, comme toujours avec Claire Dancoisne, ici assistée de Rita Tchenko, frappe par son originalité esthétique, son audace, sa force intelligente. Claire Dancoisne est une artiste exceptionnelle et libre.

On rit, l’estomac noué par ce « mélodrame animalier et carnassier » qui nous saisit profondément et nous éveille.

« La République des abeilles », Chapelle des Pénitents blancs, à 11h00 et 15h00, durée : 1h00. Jusqu’au 22 juillet.  Une très longue tournée suit, d’octobre 2019 à avril 2020.

« La Green Box », Présence Pasteur, à 18h00. Durée : 45 minutes. Jusqu’au 27 juillet. A revoir dans les mois qui viennent, en tournée.

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