Amos Gitaï, mémoire sensible

L’artiste est présent à l’Espace Cardin avec un spectacle et une exposition, à l’invitation du théâtre de la Ville.

Dans le jardin de l’Espace Cardin, le jardin des Champs-Elysées où se promenait Marcel Proust, on peut déambuler en s’arrêtant devant une suite d’installations légères qui associent une photographie, un portrait, à une bande-son. Des voix, des langues diverses. Français pour Jeanne Moreau dans le spectacle d’Amos Gitaï qu’elle joua à la carrière Boulbon dans le cadre du festival d’Avignon et dans la lecture des bouleversantes lettres, d’Efratia Gitaï, la mère du cinéaste et metteur en scène, qui a d’ailleurs publié un livre avec cette correspondance. Langue espagnole d’Argentine, lorsque l’on écoute Borgès. Hébreu bien sûr, et anglais aussi pour d’autres témoins. Emile Habibi, Mahmoud Darwich, entre autres. De grands esprits sont ici réunis, des philosophes amis, des paroles fortes qui composent un paysage mental et sensible de l’artiste.

Amos Gitaï est à l’honneur au Théâtre de la Ville. Toute la saison durant il est associé à l’institution qui l’a nommé « artiste ambassadeur ». Lorsque l’on pénètre par la porte principale de l’Espace Cardin, on découvre une très large vidéo qui reprend des scènes de film. Plus loin, des photographies, signées Amos Gitaï et donc dans le jardin dominé par un monumental marronnier, ce parcours audiovisuel.

Mais c’est dans la salle que, jusqu’à samedi, on peut assister au spectacle Letter to a friend in Gaza (Lettre à un ami à Gaza).

Un très beau moment, simple, sincère, fraternel, qui mêle musique, jeu, textes de prose et poèmes, chant, images tirées de spectacles ou images de la réalité d’aujourd’hui, images d’affrontements de Flavius Josèphe à nos jours…

Le dispositif scénique est très simple. Une longue table, quelques chaises, quelques micros, au fond un écran. Des lumières de Jean Kalman ajoutent à l’atmosphère délicate et prenante.

Le texte est composé par Makram Khoury et Amos Gitaï lui-même d’après des écrits de Mahmoud Darwich, Yizhar Smilansky, Emile Habibi, Amira Hass.

Les deux concepteurs sont en scène : l’un ouvre la parole, de face, au milieu de la table, l’autre, Amos Gitaï la ferme, de trois quarts dos. Il dit un texte que l’on croit de lui, mais on reconnaît…Albert Camus. Un texte qui a des dizaines d’années et concerne l’Algérie, mais qui semble fait pour la Palestine et Israël, un texte universel.

Deux femmes s’installent aux deux extrémités de la longue table pour dire, elles aussi, de très belles pages. Yael Abecassis et Clara Khoury, fille de Makram J.Khoury.

Les musiciens ont une part très importante. De très grands solistes que l’on est heureux de retrouver tel Louis Sclavis à la clarinette, Bruno Maurice à l’accordéon, Kioomars Musayyebi au santour. Une jeune chanteuse apparaît furtivement, Madeleine Pougatch.

Les musiciens vont et viennent, et leur présence, leurs interprétations donnent une profondeur bouleversante à Letter to a friend in Gaza.

Ne ratez pas ce rendez-vous et patientez : en juin, du 16 au 22, on retrouvera Amos Gitaï au Théâtre de la Ville avec Exils intérieurs. Thomas Mann, AlbertCamus, 1919-2019.

Espace Cardin, spectacle jusqu’à samedi 7 septembre avec, ce jour-là, une après-midi et une soirée avec des rencontres, débats, spectacle, concert et, notamment la projection de « Berlin/Jérusalem » à 17h30.

L’exposition se déploie jusqu’au 30 septembre.

Tous renseignements au 01 42 74 22 77.

Site : theatredelaville-paris.com

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